[ Surveillance de masse ] Le retour de la boîte noire
Les portes dérobées pour accéder en clair aux messageries chiffrées sont une impossibilité technique - à moins d'affaiblir considérablement la sécurité de tous, Etat inclus.
La DGSE et sa direction technique font en ce qui concerne l’interception des communications à l’étranger ce qu’elles veulent. Logique puisque la DGSE a pour fonction de recueillir des renseignements à l’étranger de manière illégale.
Le service qui pose problème est, comme toujours, la DGSI — issue de la fusion entre les Renseignements généraux (les carnets d’Yves Bertrand) et la Direction de la surveillance du territoire (Les plombiers du Canard Enchaîné), deux entités déjà réputées pour leurs dérives : manipulation, manœuvres au service du pouvoir en place. Aujourd'hui, la DGSI pose deux fois plus problème : ceux qu'elle traîne depuis les origines des RG et de la DST, et une nouvelle dépendance, tout aussi préoccupante, à Palantir. A Gotham, pour être plus précis.
Vous vous souvenez certainement de l’épisode Bruno Retailleau : l’ancien ministre de l’Intérieur avait tenté d’imposer aux messageries chiffrées de livrer leurs communications en clair — sous peine d’une amende représentant 2 % de leur chiffre d’affaires — via sa loi contre le narcotrafic.
Notre confrère Régis de Castelnau s’est déjà attaché à dire ses quatre vérités à M. Retailleau qui ambitionne d’être candidat à la présidentielle et qui, au Sénat, vient de faire voter une loi scélérate.
Souffrez, maintenant, que nous complétions.
Il faut le dire : l’idée de tout pomper à la source des messageries venait du député macroniste Cédric Perrin, président de la commission des affaires étrangères, avec cette formule aussi assurée que creuse : « Je ne vois pas en quoi on ferait une différence entre ce qui est fait aujourd’hui avec les SMS et les mails et ce qui serait fait demain avec WhatsApp, Signal et Telegram. » Sauf que WhatsApp, Snapchat et Telegram n’ont précisément pas grand-chose à voir avec les SMS ou les e-mails — et les gens sérieux utilisent depuis longtemps des services de messagerie chiffrée sans métadonnées, comme Proton. Le chiffrement de bout en bout n’est pas un luxe de paranoïaque: c’est une brique fondamentale de la cybersécurité de l’ensemble de la société.
D’une imbécillité confondante — sur le plan technique, économique, et bien sûr sécuritaire — la mesure a heureusement été largement rejetée par l’Assemblée nationale.
Mais ils n’allaient évidemment pas en rester là.
En début d’année, Sébastien Lecornu a chargé le député Florent Boudié (Ensemble pour la République), président de la commission des lois, d’explorer les voies juridiques permettant, sous certaines conditions, aux enquêteurs et aux services de renseignement d’accéder aux communications chiffrées.
La délégation parlementaire revient également à la charge. Qu’est-ce que la délégation parlementaire au renseignement? C’est un cénacle parlementaire rassemblant quatre députés et quatre sénateurs dont l’ensemble des travaux est classé très secret (qui a remplacé le secret défense) et qui a pour mission de:
contrôler l'action du gouvernement en matière de renseignement. Elle peut pour cela entendre le Premier ministre, les ministres chargés de l'Intérieur et des Armées, ainsi que les directeurs de tous les services de renseignement (DGSE, DGSI, DRM, etc.);
évaluer la politique publique française en matière de renseignement et assure un suivi des enjeux d'actualité et des défis à venir dans ce domaine;
s'assurer chaque année que les fonds spéciaux votés en loi de finances sont utilisés conformément à leur destination (et non pas pour gratifier en liquide et au noir des collaborateurs ou financer des partis politiques ou des officines, comme c’était le cas avant) ; et
adresser des recommandations et des observations au président de la République et au Premier ministre, qu'elle transmet également aux présidents de chaque assemblée.
Un contrôle parlementaire dont le contenu est classé très secret est-il un contrôle parlementaire démocratique? Vous avez deux heures.






