"On risque d’arriver au même type de contrôle social qu’en Chine"
L'identité numérique telle que conçue par la Commission européenne donne aussi beaucoup de pouvoir de contrôle à Google et Apple alerte Brat Preneel, un des plus éminents cryptographes européens.

Nous avons interrogé l’une des figures les plus influentes de la cryptographie appliquée en Europe : Bart Preneel.
Bart Preneel est professeur à la KU Leuven (l’université catholique de Leuven en Belgique), où il dirige le groupe COSIC (Computer Security and Industrial Cryptography), l'un des groupes de recherche en cryptographie et sécurité les plus réputés au monde.
Bart Preneel a été de ceux qui, durant la pandémie de Covid-19, ont conçu le dispositif DP-3 : le Decentralized Privacy-Preserving Proximity Tracing, Traçage de proximité décentralisé préservant la confidentialité. Dispositif qui sera au coeur de très nombreuses applications de contact tracing en 2020-2021 en Europe. Si le protocole alors choisi par la Belgique et l’Allemagne notamment était respectueux de la vie privée, il reposait aussi en pratique sur les API d'Apple et Google, des applications décentralisées afin d'empêcher les gouvernements de disposer des données.
De la sorte que la protection de la vie privée vis-à-vis des États était garantie par… deux entreprises américaines. A l’époque c’était un compromis, justifié par l’urgence, et amoindri par le caractère temporaire et limité du dispositif.
Le cryptographe sait donc particulièrement bien de quoi il parle quand il pointe les risques qu’il y a à déployer de manière structurelle, permanente et touchant à des données bien plus sensibles cette fois, l’identité numérique européenne et l’application de vérification de l’âge, toutes deux basées sur les API de Google et Apple.
“Google, qui exerce déjà un contrôle étendu sur l’écosystème Android, pourrait s’en servir pour renforcer encore davantage son influence, notamment dans le cadre de développements futurs”, met en garde Bart Preneel. “Là, Google et Apple contrôlent tout, ils voient tout ce qui se passe sur Internet. C’est un avantage considérable donné par la Commission européenne.”
Bart Preneel a reçu des prix prestigieux comme le RSA Award for Excellence in Mathematics en 2014 ou l’ESORICS Outstanding Research Award en 2017. Il est un membre éminent, distingué par ses pairs, de l’IACR (International Association for Cryptologic Research) dont il a été le président. En 2024, Bart Preneel a été élu membre de l’Académie Royale des Sciences et des Arts de Belgique.



