[Republication ] Debunkocratie
La lutte contre la "désinformation" est une industrie de la manipulation à l'instar de la publicité. La commission Bronner une tentative totalitaire de commander le discours.

Déjà en 2021 nous dénoncions la pulsion totalitaire d’une camarilla parisienne, à l’époque pour influer sur l’élection présidentielle de 2022. En 2027, on les retrouve tous auditionnés par la Commission d’information du Sénat sur les zones grises de l’information, d’où provient le concept délirant “d’ingérence intérieure”.
Avertissement au lecteur: ça va être un peu long. Le sujet l’exige.
Un bon mot de notre cru et dont nous sommes très fiers (nous le répétons donc à l’envi) : le “fact checking” consiste à vérifier la conformité des faits publiés au discours officiel. La lecture des “Décodeurs” du Monde, du “Checknews” de Libé ou bien d’AFP “Factuel” en est la navrante confirmation quotidienne.
La catastrophe journalistique que fut le “fact checking” du débat Zemmour - Mélenchon sur BFMTV survint également pour l’illustrer. Triste spectacle que celui de ces journalistes incapables de comprendre sur quelles bases et comment sont calculés les chiffres qu’ils avancent, totalement étrangers à la notion de nuance (fraude estimée n’est pas la même chose que fraude détectée), confondant causalité et corrélation et faisant montre d’un inquiétant manque de culture générale.
Car, enfin, il faut déraisonner pour réduire le débat politique à une dichotomie vrai-faux alors qu’il consiste en une dialectique des idées et des volontés de plusieurs parties pour séduire une troisième, l’électeur (et non pas le téléspectateur). A moins bien sûr que le but recherché soit d’évincer le citoyen du débat politique et l’électeur de l’isoloir…
Il s’agit de commander le discours, dans les deux sens du terme: celui de donner un ordre et celui de placer un ordre.
Gad Elmaleh et Tommer Sisley se contentaient de pomper des blagues qui faisaient rire les gens. Nos élites, incapables de penser par elles-mêmes, singent ce qui se fait aux États-Unis en posant le pari que ces veaux de français n’y verront que du feu. Là, c’est la Commission sur les désordres de l’information (Commission on information disorder) de l’Aspen Institute qui est copiée. Désordres de l’information : vision mécaniste, algorithmique, psychiatrique et totalitaire.
La commission Bronner installée par Emmanuel Macron le 29 septembre dernier est toute aussi glaçante et totalitaire. Gérald Bronner, sociologue (au passage sosie parfait du capitaine Hans Geering dans Allo ! Allo !) et ses commissaires sont chargés de rendre d’ici à la fin de l’année, en deux mois et demi, des propositions concrètes en matière de la lutte contre les diffuseurs de haine et de désinformation, par l’éducation et la régulation (comprendre la loi et la censure).
A part Jean Garrigues, la composition de cette commission ne casse pas trois pattes à un canard. C’est encore une distribution de prébendes, une manière de casting de téléréalité effectué dans les salons parisiens. Ce n’est pas neutre pour autant, comme nous allons le montrer plus bas.
Est-il utile de répéter que la “haine” est un sentiment humain contre lequel on ne peut pas lutter, pas plus qu’on ne peut lutter contre l’amour ? Est-il utile de rappeler que la déclaration universelle des droits de l’Homme et l’ensemble du droit français et européen prévoient la totale liberté d’opinion ? Seule l’expression de certaines opinions dans des circonstances précises est réprimée (non pas interdite) par la loi a posteriori et seule la justice en décide, même si dans les faits la tête du client joue beaucoup (les réelles injures racistes anti-blancs ne sont par exemple jamais réprimées). En clair, on a la pleine liberté d’être antisémite, raciste, homophobe etc. Ce sont les propos racistes, antisémites, homophobes etc. qui peuvent être réprimés.
Au risque de nous faire taxer de complotisme, nous vous prédisons que le destin et la fonction de la commission Bronner seront les mêmes que ceux du conseil scientifique pour la Covid : un paravent qui permettra à 6 mois de l’élection présidentielle et à 7 mois des législatives, de créer de toutes pièces un cadre permettant de contrôler le discours politique en ligne et de supprimer par voie administrative tout forme d’opinion réputée non-conforme à ce cadre.
Les deux équations du système sont déjà connues. Elle sont délétères.
Nul besoin d’être grand clerc pour savoir comment on va faire taire.
La première est “désinformation = ingérence étrangère = Russie ou Chine”.
Les deux premiers producteurs de désinformation en France sont l’Etat et les médias corporatifs. Et la plus importante ingérence étrangère en France et en Europe est américaine.
Il est aujourd’hui avéré qu’aux USA, les accusations d’ingérence russe pour expliquer la victoire de Donald Trump non seulement sont totalement fausses mais ont également été fabriquées de toutes pièces par la campagne de Hillary Clinton. Un avocat qui en 2016 travaillait pour Hillary Clinton vient d’être mis en examen par un procureur fédéral spécial pour faux témoignage et un ancien avocat procédurier du FBI a été condamné pour faux et usage et faux témoignage pour avoir présenté un dossier bidonné à une cour fédérale FISA (court spécialisée dans les affaires d’espionnage) afin d’obtenir des mandats de mise sous écoute et sous surveillance d’un cadre de la campagne 2016 de Trump, cadre totalement innocenté depuis.
Il est aujourd’hui établi que des informations véridiques du New York Post prouvant que Joe Biden et sa famille sont corrompus (très sales affaires en Ukraine et en Chine) ont été qualifiées délibérément de désinformation russe par les médias corporatifs à trois semaines du scrutin afin de pas nuire au candidat démocrate. Les Gafam elles ont tout censuré et suspendu ceux qui ont osé partager le lien vers l’article du New York Post. Imaginez les conséquences sur le scrutin si la presse avait fait correctement son travail.
Soyons sérieux deux minutes : ni les Russes ni les Chinois déraisonnent au point de croire pouvoir influencer une élection avec de l’astroturfing ou des fermes à troll. Cela peut à la limite s’avérer efficace sur un sujet précis à un moment précis à des fins défensives. Mais une campagne électorale est trop complexe pour pouvoir être subvertie par de la seule désinformation en provenance de l’étranger.
La vraie menace pour un scrutin est plutôt le piratage de systèmes de vote électronique, alors que Gérald Darmanin a affirmé travailler au vote à distance au motif qu’il y a une nouvelle carte d’identité. Une proposition pour établir le vote à distance a été déposée par des députés, au nombre desquels on compte Marie-Noëlle Battistel, députée de la 4e circonscription de l’Isère.
La deuxième équation est complotisme = antisémitisme, racisme, révisionnisme etc. = extrême droite. Le classique amalgame qu’on nous assène depuis 40 ans et que Mitterrand, venant lui-même de l’extrême droite, a le premier utilisé à des fins électorales en 1988.
Sur 14 membres dans la commission Bronner, deux sont des spécialistes de l’histoire du génocide des Juifs en Europe durant la Seconde guerre mondiale, Annette Wieviorka et Iannis Roder.
On y trouve aussi l’ineffable Rudy Reichstadt, fondateur de Conspiracy Watch, (qu’il anime avec Valérie Igounet, historienne spécialisée dans l'étude de l'extrême droite et l'histoire du négationnisme et qui siège au conseil scientifique de la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT), qui affirme que le complotisme est “un révisionnisme en temps réel” permettant de “répondre à des objectifs politiques et géopolitiques”.
Y siège également Anne Muxel, sociologue et politologue spécialiste de l'étude du rôle de la mémoire et de la transmission intergénérationnelle des attitudes et comportements.
Et le reste à l’avenant. Des gens tous respectables, avec de brillantes carrières, qui ont tous pignon sur rue et qui sont d’une uniformité idéologique telle qu’il n’existe que peu de doute sur les recommandations que va formuler ce énième comité Théodule.
Un constat lourd de sens : il n’y a aucun philosophe ni constitutionnaliste dans cette commission.
La question qu’il faut maintenant nous poser est pourquoi tous ces gens au pouvoir mettent tant d’acharnement, de moyens et d’efforts pour s’assurer que nous, les quidams, les citoyens, les électeurs pensions bien, du moins jusqu’aux prochaines échéances électorales.
La réponse est simple.
La croyance très répandue chez les élites et qui est le fondement du marketing - les gens se laissent manipuler - est inopérante
Cette croyance est celle sur laquelle repose toute l’industrie de la communication : la bonne combinaison de mots, d’images et de sons peuvent persuader les gens à agir d’une manière recherchée et prédéterminée par l’émetteur.
Cette croyance empreinte d’un innommable mépris de classe est tellement enracinée dans les cerveaux de nos élites que le gouvernement a mis en place dès le début de la crise de la Covid en 2020 une cellule de sciences du comportement composée de six chercheurs et trois doctorants au sein de la Direction interministérielle de la transformation publique (DITP, vous savez, le bidule qui donne des centaines de millions d’euros d’argent public à des cabinets de conseil comme McKinsey).
“Il faut rendre les choses un peu plus incitatives. On va être de plus en plus sollicité sur la compréhension, la gestion du confinement. L'idée c'est comment avec notre connaissance du comportement humain, avec la manière dont les gens réagissent, comment on doit ajuster nos messages, nos politiques publiques" affirmait Stéphane Graud, le patron de cette cellule.
Ça a tellement bien fonctionné que le gouvernement s’est trouvé obligé de recourir à une aussi permanente que violente répression par voie de police et de justice durant les (inutiles et inefficaces) confinements et par la suppression des libertés individuelles et de la possibilité de gagner sa vie en exerçant son métier pour forcer les gens à la vaccination (inutile pour 90 % d’entre eux). Persuasion, persuasion …
Nous vous conseillons de lire cet excellent article de Joseph Bernstein. Il y démonte l’industrie de la communication, réseaux sociaux compris, de manière implacable en se fondant sur les travaux de Jacques Ellul (quand un Américain utilise l’apport d’un intellectuel français fidèlement et à bon escient, il faut le dire). La désinformation, les “fakenews” ne sont en fait que les derniers avatars de la publicité.
Si un publicitaire vend de la publicité, ce n’est pas parce que la publicité est efficace (en faisant augmenter le chiffre d’affaires, en attirant de nouveaux clients etc.) mais parce que celui qui achète la publicité croit que la publicité est efficace.
Si jamais la publicité ne marche pas, c’est que le message est brouillé par de la désinformation. Il faut donc acheter plus de publicité pour la contrer.
Pour le “big data”’, c’est exactement la même chose. Ceux qui l’utilisent croient que ces techniques sont efficaces. Quand ils se rendent comptent que ce n’est pas le cas, ce n’est pas de la faute de l’outil ni de celui qui l’utilise mais du matériau. C’est là que des technologies qui à l’origine visent à prévoir sont détournées pour identifier le “non conforme”.
Appliqué à la chose publique, cela s’appelle répression et état policier. Que les gens n’agissent pas comme le gouvernement le souhaite est une impossibilité puisque le gouvernement communique ! Avec le big data on peut standardiser la persuasion au niveau individuel. Ceux qui ne se comportent pas de manière idoine sont de dangereux déviants dont la déviance ne peut trouver sa source que dans une réceptivité à une communication autre que celle du gouvernement, donc de la désinformation, qui doit être combattue. D’où l’obsession de la censure en ligne, appelée modération. D’où l’obsession d’une censure qui doit être immédiate et automatique, donc administrative - si sous-traitée aux plateformes, c’est encore mieux - sans intervention de la justice (non mais ça va pas la tête? La justice, c’est contradictoire !).
C’est bien la mise en conformité instantanée au discours officiel de tous les faits publiés qui est recherchée, certainement pas la vérité dont l’établissement est un processus social contradictoire, voire conflictuel et qui nécessite du temps.
Si ça se passe déjà aux USA, bientôt en France ça arrivera
Aux USA, la fabrication totale qu’est l’affaire Frances Haugen ( la “lanceuse d’alerte” de Facebook qui affirme que cette entreprise préfère le profit à la modération des contenus “dangereux”) n’est rien d’autre que la volonté d’obliger les réseaux sociaux qui déjà censurent à tout-va, à bannir toute personne dont le discours ne va pas dans sens de la doxa (et au passage pour les médias corporatifs, à récupérer un peu du marché publicitaire vampirisé par le numérique).
Glenn Greeenwald l’analyse avec acuité. Un partie de la classe politique américaine (des démocrates essentiellement), leurs communicants, l’élite managériale et financière et les médias de grand chemin entendent bien se débarrasser par la censure de ces manants venus de nulle part ou presque, sans adoubement corporatif et sans gros moyens qui se constituent des audiences considérables sur les réseaux sociaux, YouTube et les plateformes de podcast (curieusement, les plateformes de création écrite telles que Substack ne leur posent pas de problème car ils sont persuadés que les gens ne lisent pas. Du moins pas plus que 240 signes. Ils se trompent lourdement).
Ils entendent bien faire taire ces manants qui prennent la parole sans qu’ils les aient autorisés à le faire pour dire des choses qui remettent en question avec pertinence bien informée les oukases médiatiques assénées par des journalistes inféodés au pouvoir et aux grands intérêts économiques. Et ils le font en touchant une audience hors d’atteinte des médias mainstream.
La campagne de dénigrement en cours exigeant que YouTube bannisse l’humoriste et podcaster Russell Brand, pourtant célèbre, au prétexte qu’une partie de son audience serait conservatrice et anti-vax est un exemple de tentative de contrôle du discours. Russell Brand, homme de gauche, a osé débattre avec des personnalités conservatrices. Il a même osé demander à ses auditeurs s’il devait accepter un invitation chez Fox News. Brûlez la sorcière! Le pluralisme dans le débat est une hérésie!
En France, nous avançons vers cela à grand pas, comme l’a montré cet été ce qui est arrivé à Tipee, entreprise française, une plateforme de financement participative concurrente de Utip et de l’américaine Patreon. Pourquoi? Parce que l’un des fondateurs de la plateforme a déclaré refuser de fermer sans décision de justice les comptes de créateurs accusés de faire la promotion de la “haine, de la violence, du racisme, de l’antisémitisme etc.”, refrain bien-pensant qui commence à devenir malheureusement trop courant.
Heureusement que des créateurs sérieux, intelligents et réfléchis comme l’équipe du Fil d’actu sont là pour remettre l’église au centre du village.
Des gouvernants qui aujourd’hui sont caractérisés par leur vacuité totale, leur manque de conviction, leur absence de colonne vertébrale, leur incapacité à agir et penser le temps long, leur aliénation à une idéologie en faillite et qui ne savent que “communiquer”, ont tout intérêt à faire exercer un contrôle très strict du discours. Seul moyen de rester au pouvoir. Question de survie.
Que ce soit Joe Biden et les démocrates aux USA qui depuis un an n’arrivent à rien, dont la bien réelle corruption se voit de plus en plus et qui sont partis pour perdre le contrôle des deux chambres du Congrès l’année prochaine.
Que ce soit Emmanuel Macron et ces commanditaires, qui savent que son bilan est tellement mauvais et sa personne tellement détestable qu’il ne sera jamais réélu lors d’un scrutin sincère précédé d’une campagne électorale équitable.
La commission Bronner, cette Sainte Inquisition post-moderne qui fera l’économie de la controverse de Valladolid, procède de cela. Ceux qui ont accepté d’y participer seront comme leurs confrères du conseil scientifique frappés du sceau de l’infamie.





