Une certaine Amérique tente de se rassurer. Raté.
Quand on est réellement puissant, on n'a pas besoin d'assassiner des dirigeants étrangers. Trump vient d'achever ce qu'il avait commencé en juin 2025: mettre lui-même un terme à sa propre présidence.
Les primaires approchent à grands pas, et le bilan de Donald Trump s’apparente à un désastre. Il a échoué sur presque tous les fronts — à l’exception peut-être de la liberté d’expression, mais soyons sérieux : il ne s’est agit que de restaurer un droit constitutionnel fondamental après quinze années de dérives « progressistes ». Très louable, pas suffisant.
Sur le plan intérieur, les revers s’enchaînent. Le dernier en date, particulièrement cinglant, émane de la Cour suprême : les droits de douanes imposés de manière précipitée par Trump ont été déclarés illégaux. Il s’avère que le président n’a pas l’autorité requise pour se substituer au Congrès, et plus particulièrement à la Chambre des représentants, qui dispose de la main haute sur le budget de l’Etat fédéral, recettes incluses.
Par un vote de six voix contre trois, les juges, pourtant majoritairement conservateurs, ont invalidé ces mesures, qualifiant ces tarifs de taxes déguisées qui pèsent lourdement sur les Américains. Le Président ne peut invoquer ses pouvoirs d’urgence pour contourner la Constitution.
Examinons à présent les sondages, compilés avec rigueur par nos confrères de RealClearPolitics. Le tableau qu’ils dressent est sans appel : historiquement, une majorité d’Américains désapprouve l’action de Donald Trump. Un rejet constant et marqué, qui continue de transpirer dans les enquêtes d’opinion.

Son retour politique de 2024, l’un des plus impressionnants de l’histoire des USA? Propulsé par la détestation de la majorité des américains du Parti démocrate. Le 14 février 2025 — à peine un mois après le début de son second mandat —, l’opinion publique a basculé de manière irrémédiable.
Comment s’en étonner ? Depuis son retour à la Maison Blanche, Trump s’est évertué avec constance à trahir chacune de ses promesses de campagne. Les Républicains vont très vraisemblablement perdre la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat de l’automne prochain. Diable, même le Sénat pourrait basculer, comme certains experts électoraux du GOP1 l’admettent du bout des lèvres.
Comme cela s’est invariablement produit ces quarante dernières années chaque fois qu’un président américain touche le fond sur le plan intérieur, c’est l’heure d’une petite guerre, de préférence au service de ce minuscule client moyen-oriental nommé Israël, car certains gros bonnets à double nationalité ont financé la campagne de Trump. Les Américains rfefsuent d’avaler l’amère pilule : 80 % d’entre sont vent debout contre l’intervention illégale en Iran, puisque seul le Congrès a le pouvoir d’autoriser l’emploi de la force armée.
Ce que l’équipe de Trump tente désespérément de faire passer comme de la force n’est rien d’autre que l’aveu de leur propre impuissance. Si les États-Unis étaient réellement puissants, ils auraient fait plier l’Iran à leur volonté depuis belle lurette. Au lieu de cela, pendant 47 ans, le « régime » iranien n’a pas baisé le genou une seule fois, tandis que les États-Unis n’ont accumulé que des défaites humiliantes dans chaque guerre qu’ils ont menée.
Les prétextes de Trump pour bombarder l’Iran ? Ils ne convainquent personne. La majorité des Américains voient clair dans ce jeu : rien à voir avec la défense des intérêts américains ou la sécurité nationale — c’est une fois encore une guerre menée au profit d’Israël.
Puis il y a le vice-président JD Vance, qui s’est ridiculisé en bêlant qu’il détient des « preuves » — huit mois après que Trump se soit vanté d’avoir tout anéanti - que l’Iran a reconstruit ses capacités d’enrichissement nucléaire. On n’a même pas pu lui dénicher un flacon, comme celui que Colin Powell a agité devant le Conseil de sécurité de l’ONU en 2003 pour vendre le l’invasion de l’Irak.
Mais attendez, n’est-ce pas JD Vance qui a organisé une levée de fonds pour sa campagne sénatoriale chez Leslie Wexner — le milliardaire de l’Ohio mouillé jusqu’au cou dans le dossier Epstein ?
Ah, l’affaire Epstein ! Elle englue toute une ribambelle de proches de Trump — son gendre Jared Kushner, le secrétaire au Commerce Howard Lutnick et bien d’autres. Même une Troisième Guerre mondiale ne parviendra pas à la faire disparaître du débat public, car elle est la manifestation d’une profonde crise de régime.
Nous savons tous comment la suite va se dérouler : la nouvelle Chambre issue des mid-terms lancera une procédure de destitution, et Trump sera confiné à beugler sur Truth Social depuis le Bureau ovale, comme en 2018. Sauf que cette fois, il aura été l’artisan de sa propre chute, torpillant sa présidence en refusant de dire à ses généreux donateurs — qui se fichent éperdument des intérêts américains — d’aller voir ailleurs si des fois l’herbe n’est pas plus verte.
D’ailleurs, le Congrès va devoir se prononcer sur la limitation des “pouvoirs de guerre” de Trump, et il semble y avoir une majorité en ce sens, comme ce fut le cas pour imposer par la loi imposant la publication du dossier Epstein.
La grande presse entonne en chœur, bien rodée : le « régime » iranien a été décapité. Quelle charmante naïveté.
La Perse — une civilisation plurimillénaire — n’a jamais dépendu de la survie d’un seul homme, sauf durant cette brève parenthèse du spectacle de marionnettes que fut la “dynastie” Pahlavi (le Shah et avant lui son père), pantins actionnés par les Britanniques puis par l’Oncle Sam.
Pourtant, nous y voilà : les commentateurs en service commandé feignent de croire que le Guide suprême était un dictateur tout-puissant dont la disparition entraînera un effondrement immédiat du “régime”. Le Guide suprême n’est pas un chef d’État au sens conventionnel du terme. Il incarne l’autorité morale et religieuse — un rôle important, certes, mais son pouvoir politique n’est pas absolu ; le système politique iranien repose sur de multiples strates, des contre-pouvoirs et des institutions conçues pour perdurer.
Le coup de maître de Trump ? Avoir fait un martyr de cette autorité morale et religieuse. Car rien n’est « génie stratégique » que offrir au monde chiite un nouveau saint sur un plateau d’argent. Le chiisme n’est pas une secte — c’est une épopée de 1 400 ans imprégnée de sacrifices, depuis Karbala jusqu’à nos jours. Cette foi s’en nourrit, la transforme en arme contre laquelle il n’existe pas de parade.
Tuer Khamenei ne brise pas le régime ; cela dope la concorde nationale, mobilise les fidèles et durcit la résistance comme du béton armé.
Les partisans des États-Unis et d’Israël peuvent claironner le « changement de régime » autant qu’ils le souhaitent. La leçon de l’histoire est brutale et limpide : on ne renverse pas la Perse en tuant un ayatollah. En tuant le mollah-en-chef, on allume simplement une mèche qui brûle sur des générations.
Et les retombées ? Le détroit d’Ormuz est fermé, et l’Iran a frappé la base navale américaine à Bahreïn — cette île où plus des deux tiers de la population sont chiites, soulignons-le. Où donc les bâtiments de guerre américains sont-ils supposés se ravitailler en carburant et munitions ? Diego Garcia ? Bonne chance pour gérer ce casse-tête logistique au fin fond de l’océan Indien.
Dès l’ouverture des marchés lundi, le Brent s’apprête à flamber à 80 dollars le baril, catapultant le prix du gallon (3,8 litres) au-delà des trois dollars aux Etats-Unis. Si le conflit perdure, nous replongerons dans le même scénario qu’au déclenchement de la guerre en Ukraine : le Brent à plus de 100 dollars. Le pouvoir d’achat des Américains ? Anéanti, pileèpoil pour les élections de mi-mandat. Timing impeccable.
Bref ce n’est même pas une victoire à la Pyrrhus — c’est une défaite annoncée, d’autant que les Iraniens n’ont pas à se soucier d’échéances électorales. Ils disposent de tout le temps nécessaire. Il suffit d’un coup dévastateur — comme neutraliser ou couler un porte-avions américain — pour que l’opinion publique américaine réclame et obtienne la tête de Trump. En fait; l’explosion des prix à la pompe pourrait bien suffire à elle seule.
À Washington, on a effacé de la mémoire collective le fait que, pendant plus de vingt ans, des insurgés afghans en sandales (des Perses), équipés de simples AK-47, ont tenu en échec la toute-puissante armée américaine et ses alliés de l’OTAN.
GOP = Grand Old Party, surnom du parti républicain





