[ Flash ] Iran: la Monique désinforme
La propagande est grossière à en donner la nausée. Les relations franco-iraniennes sont un peu plus complexes que ce qu'avance Claude Moniquet.
Illustration de Une - le “thumbnail - réalisée par IA.
Claude Moniquet - La Monique, comme on l’appelle boulevard Mortier 1 - est à l’origine un journaliste qui s’enorgueillit d’avoir été un agent de la DGSE durant la guerre froide. Attention, quand on parle d’agent de la DGSE, on ne parle parle pas d’un fonctionnaire ou d’un militaire de la DGSE, et encore moins d’un honorable correspondant. La Monique fut une source rémunérée. La Piscine l’avait recruté parce qu’il avait à l’époque de gros problèmes avec le fisc français, dixit son ancien officier traitant Pierre Simary, qui l’a décrit en des termes peu flatteurs dans son livre “25 ans dans les services secrets” (Flammarion, 2010).
“Un personnage bavard et vaniteux, porté sur l'alcool et sur l'argent (…) Suite à son acceptation devant cette aide tombée du ciel, voilà Sefora (le nom de code de M. Moniquet, ndlr) ferré. Le recrutement contre rémunération, qui en fera un agent et non un honorable correspondant2, est acquis (…) Il assure avoir noué des relations avec un Américain, membre de la CIA, un certain Kaskett, et avec l'ambassade d'Israël. Son correspondant, sûrement un membre du Mossad, lui a donné un numéro d'alerte en cas de menace terroriste contre les intérêts israéliens. Le voyage comme le beaujolais n'auront pas été inutiles.” - Pierre Simary
Né à Bruxelles d’un père belge juif très pratiquant et d’une mère française, militant d’extrême gauche, Claude Moniquet a la fin des années 1970 passé deux ans dans un kibboutz en Israël. Depuis une vingtaine d’années, après les attentats du 11 septembre 2001, il s’est autoproclamé expert en terrorisme et renseignements.
Claude Moniquet serait-il également un agent israélien? La question est légitime.
Il affirme que l’Iran mène une guerre sans merci contre la France depuis quarante ans. C’est la France qui depuis 1980 est en guerre contre l’Iran, qui le lui rend bien. C’est bien Paris qui a mis à la disposition de Saddam Hussein des super-étendards pour cogner les pétroliers lors de la guerre Iran-Irak. Ces appareils bi-places étaient certes pilotés par des Irakiens mais embarquaient des navigateurs français, militaires d’active, qui en contrôlaient l’armement.
Et puis, il y a eu l’affaire Eurodif, à l’origine du programme nucléaire iranien. Eurodif est un consortium international créé en 1973 pour enrichir de l’uranium à des fins civiles (centrale nucléaire de Tricastin, les fameuses usines George Besse). L’Iran du Shah y investit à l’époque (environ 10 % des parts) et avança plus d’un milliard de dollars, en échange d’un droit à l’uranium enrichi.
En 1986, la France refuse de livrer à l’Iran l’uranium auquel il avait droit. Elle décline également d’accéder à la demande de remboursement du milliard avancé par les Iraniens suite au refus de livraison. D’où la décision de Téhéran, signataire du traité de non-prolifération contrairement à Israël, de lancer son propre programme d’enrichissement.
Bien plus que la guerre civile au Liban, c’est Eurodif qui a empoisonné les relations franco-iraniennes depuis quarante ans. L’Iran a effectivement fait assassiner des personnalités françaises.
George Besse, qui avait dirigé Tricastin et Eurodif avant sa nomination à la tête de la régie Renault, a été abattu le 17 novembre 1986 par Action Directe, qui, selon Pierre Péan, assassina également sur commande de l’Iran en 1985 le général René Audran, directeur des affaires internationales à la Direction générale de l’armement du ministère de la défense, où il était notamment en charge des ventes d’armes à l’Irak.
Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand ont été incapables d’avoir une autre politique que les Anglo-Saxons vis-à-vis de l’Iran post révolution de 1979. Il faut dire que la troisième voie - ni Washington, ni Moscou - mourut avec l’élection du premier en 1974. Nous en payons encore aujourd’hui les conséquences.
M. Moniquet est un tel expert qu’il ne comprend pas qu’au Moyen Orient, la tactique que nous appelons en Occident le terrorisme est la forme normale et naturelle de la guerre depuis vingt-cinq siècles. Il suffit de relire La guerre du Péloponnèse de Thucydide pour le comprendre, fait à juste raison remarquer le criminologue Xavier Raufer.
Alors oui, l’Iran a fait prendre en otage des Français au Liban. L’Iran a bien fait perpétrer des attentats contre des militaires français au Liban (le Drakkar en 1983, 58 parachutistes tués). L’Iran a commandité la vague d’attentats en France de 1986.
Dans le même temps, l’industrie de l’armement française faisait bombance en fournissant pour 4,6 milliards de dollars de l’époque3 à l’Irak les moyens de fabriquer les 400 000 à 600 000 cadavres iraniens de cette guerre qui dura de 1980 à 1988.
Et la guerre, c’est comme le tango: il faut être deux pour guincher.
La presse - CNews et Sonia Mabrouk en l’espèce - ne fait pas son travail en ne criblant pas les intervenants à qui elle donne la parole, et en se gardant bien de préciser qui ils sont réellement.
Quant à l’attitude de la France et des Européens que M. Moniquet décrit passive, elle s’explique facilement. Les guerres d’Irak, de Libye, de Syrie, du Yémen et du Soudan sont passées par là, et l’attitude des monarchies du Golfe - vous savez, celles qui nous fournissent du pétrole, achètent notre dette, nos armes et investissent “massivement” en France - vis-à-vis de l’Iran a radicalement changé. Leurs intérêts aujourd’hui convergent avec ceux de Téhéran.
Enfin, il y a eu les attentats de 2015, Bataclan et Stade de France, conséquence directe de l’immixtion de la France, décidée par François Hollande et Laurent Fabius, dans la guerre civile syrienne. Vous vous souvenez de “Al Nosra fait du bon boulot?”
Personne ne veut une fois de plus s’embourber au Moyen-Orient dans une guerre qui n’est dans l’intérêt que d’un seul pays, Israël, et certainement pas dans celui de la France, de l’Union européenne et des Etats-Unis.
Siège de la DGSE.
Un honorable correspondant de la DGSE est un français, souvent résidant à l’étranger, qui de manière volontaire et sans rémunération rend service à son pays. D’où “honorable”, car ceux qui ont ce rôle le sont, prenant souvent des risques bien plus grands que les officiers traitants de la DGSE, qui opèrent à l’étranger sous couverture - diplomatique ou autre.
Source: Stockholm International Peace Research Institute



