À une époque fort heureusement révolue, celle des colonies, il y avait « les nègres de maison ». Des esclaves qui, au lieu d’être tués à la tâche dans les plantations, servaient de domestiques au maître.
Deux uniformes et une paire de chaussures par an, le droit de manger à l’office et de ne pas être logés avec les esclaves des champs. Pour conserver ces privilèges, ces « nègres de maison » étaient prêts à tout – sauf à la liberté.
Les dirigeants européens sont des « nègres de maison ». Pour deux uniformes et une paire de chaussures par an, ils sont prêts à tout pour conserver les privilèges que leur a accordés le maître, privilèges dont ne disposent pas les nègres des champs, tout en sueur et en haillons.
Le maître leur dit : « Je vous affranchis, soyez forts, débrouillez-vous, c’est de mon intérêt. » Mais les “nègres de maison” savent qu’ils ne sont pas capables de cultiver leur propre terre et – horreur – que les « nègres des champs » vont leur demander des comptes quant aux mauvais traitements qu’ils leur ont infligés sous couvert de leur statut de « nègre de maison », en instrumentalisant le maître.
Voilà les dirigeants européens actuels : des « nègres de maison ». D’où l’intérêt de republier notre entretien en accès gratuit avec notre confrère Michael Shellenberger, réalisé il y a un an.
Au royaume des sourds, qui est roi ?
(Sinon vous pouvez lire Hegel, c’est moins outrancier question dialectique du maître et de l’esclave).
La retranscription en français de cet entretien est disponible plus bas.
L’Amérique n’est plus notre alliée. L’Amérique fait la paix en Ukraine en nous trahissant. Donald Trump marche dans les pas d’Adolf Hitler, a même osé écrire Jacques Attali, en plein délire paranoïaque...
Nous les Européens, nous nous roulons par terre comme des enfants gâtés parce que Donald Trump, qui en a reçu mandat de son peuple, veut mettre un terme le plus rapidement possible à une guerre qui oppose la Russie à l’Ukraine, un Etat qui n’est ni membre de l’Otan, ni membre de l’Union européenne. Une guerre que notre seul intérêt fut qu’elle n’eut pas lieu et aujourd’hui qu’elle cesse le plus rapidement possible.
La médiocrité des dirigeants européens ne suffit pas à expliquer pourquoi ils s’accrochent mordicus à leur “narratif”, dès l’origine un ramassis de mensonges. Derrière, il y a une remise en question par l’administration Trump et le parti républicain d’une superstructure de pouvoir transatlantique très bien financée. Sans cette superstructure, la plupart de ceux qui dirigent l’Europe sont nus. La démocratie “managée” a vécu. Certains ne veulent pas l’accepter.
La liberté d'expression est un fondement de la société américaine d'une telle importance qu'elle est devenue un pivot majeur tant de la politique intérieure que de la politique étrangère des Etats-Unis, au point d’amener à une remise en question de l’alliance atlantique et de justifier une guerre commerciale.
Il serait peut-être temps que nous cessions de prêter attention aux hystériques piaillements des zombies de plateaux télé et de politiciens qui n’ont comme seul pouvoir que celui de rendre misérable la vie de leurs concitoyens.
Il serait peut-être temps que nous fassions l’effort d’écouter et de comprendre ce que nos amis américains nous disent, pour une fois sans nous donner de leçon. Aucune amitié est inconditionnelle.
Nous en parlons avec Michael Shellenberger, journaliste et universitaire titulaire de la chaire CBR de science politique et de liberté d’expression à l’université d’Austin, Texas. A l’origine spécialiste reconnu des questions d’environnement et d’énergie, il fut avec Matt Taibbi celui qui révéla l’énorme scandale des Twitter Files. Michael Schellenberger est également le président de Civilization Works.
L'Éclaireur : Allons droit au but et abordons les sujets difficiles. Pourquoi les dirigeants européens sont-ils incapables de comprendre l’Amérique ? Sentez-vous libre de ne pas prendre de gants…
Michael Shellenberger : Je pense qu’il est essentiel, en ce moment, d’avoir des conversations franches entre Américains et Européens.
Si je devais résumer notre relation, je dirais qu’elle ressemble à un vieux mariage où des rancœurs non exprimées se sont accumulées avec le temps. Les deux parties ressentent une certaine frustration, voire de la colère, tout en étant conscientes de l'importance de leur relation.
On observe, notamment chez Macron, une prise de conscience du fait que la relation sécuritaire entre les États-Unis et l’Europe évolue. La France, et non l’Allemagne, est désormais en première ligne en matière de sécurité, notamment grâce à sa dissuasion nucléaire. C’est un élément positif.
Dans le même temps, la réaction des Européens à la rencontre entre Zelensky, Trump et Vance à la Maison-Blanche a montré un manque de compréhension quant à l’exaspération des Américains face à leur rôle de gendarme du monde. Nous sommes très sérieux quand nous disons vouloir mettre un terme au conflit en Ukraine.
Personne n’apprécie qu’on se comporte avec lui comme si tout lui était dû. Or, l’attitude de Zelensky a heurté beaucoup d’Américains, indépendamment de leur opinion sur Trump. Les dirigeants européens semblent ne pas comprendre que les États-Unis souhaitent redéfinir leur engagement militaire et sécuritaire.
Le comportement de Zelensky lors de cette rencontre et les réactions immédiates de nombreux dirigeants européens, qui ont rapidement pris position sur X en soutenant Zelensky – et donc, implicitement, en s’opposant à Trump et Vance – ont révélé une incompréhension de la dynamique actuelle et une certaine attitude de droit acquis qui ne se justifie plus.
Les Européens bénéficient de la protection de l’Otan, mais les États-Unis cherchent à renégocier les termes de cette protection. Nous voulons nous retirer du conflit ukrainien. Une majorité claire de la population américaine partage cette volonté, et ceux qui expriment le plus fortement leur opinion sont ceux qui veulent mettre fin à cette guerre.
Ceux qui souhaitent poursuivre le conflit sont une infime élite au sein de l’establishment diplomatique et militaire – que nous appelons péjorativement « le blob ». Ces élites ne représentent pas le peuple américain.
Il s’agit de fonctionnaires, de bénéficiaires de contrats gouvernementaux, qui militent activement pour la perpétuation du statu quo en matière d’Otan et pour la poursuite de cette guerre par procuration contre la Russie. Pire encore, ils appliquent contre les Américains les mêmes techniques de manipulation et de changement de régime qu’ils ont développées à l’étranger : censure, instrumentalisation du droit (« lawfare »), manœuvres sournoises et campagnes de désinformation.
Mais les Européens ordinaires commencent à prendre conscience de cette nouvelle réalité. Mon objectif, avec ce podcast, était d’expliquer notre ressenti et d’exposer l’évolution de notre position.
L'Éclaireur : Quel rôle l’Union européenne et le Royaume-Uni ont-ils joué dans la mise en place du complexe industriel de la censure imposé aux Américains, mais aussi aux Européens ?
Michael Shellenberger : Il est toujours difficile de déterminer précisément qui a joué quel rôle. Il existe, en réalité, un réseau transatlantique de personnalités influentes, composé d’Américains et d’Européens, avec un ancrage important à Bruxelles, mais aussi des liens étroits avec les services de renseignement français, britanniques, canadiens et australiens.
Ensemble, ils ont mis en place un véritable complexe industriel de la censure, dont le fonctionnement est quasiment identique partout.
Leur méthode repose sur un financement gouvernemental alloué à des organisations prétendument non gouvernementales, qui agissent en réalité comme des sous-traitants et se présentent comme des vérificateurs de faits objectifs.
Ces groupes, souvent affiliés aux grands médias ou intégrés à des institutions universitaires, s’arrogent le droit de déterminer la vérité sur chaque sujet. Ils exercent ensuite des pressions sur les plateformes de médias sociaux pour qu’elles censurent les contenus qui ne correspondent pas à leurs conclusions.
Vous pourriez penser que tout cela n’a plus vraiment d’importance depuis qu’Elon Musk a racheté X et mis fin à l’influence du complexe industriel de la censure qui dominait Twitter. Pourtant, ce système perdure à travers l’Union européenne, la Commission européenne et l’application du Digital Services Act (DSA). On débat encore pour savoir si cela concerne uniquement les Européens ou aussi les Américains, mais un juge européen a tranché : l’UE devrait avoir le droit de censurer non seulement les discours en Europe, mais aussi ceux visibles dans le reste du monde.
Que vous estimiez ou non que l’Union européenne abuse de ses pouvoirs – ce que je pense personnellement –, il est légitime, en tant qu’Américains, de se demander : que faisons-nous ? Pourquoi défendons-nous militairement un continent, au risque d’une guerre nucléaire, alors que son gouvernement cherche à censurer ses propres citoyens, annule des élections comme récemment en Roumanie, et exclut certains partis politiques jugés indésirables ? Ce ne sont pas des comportements démocratiques. Ce n’est pas ce pour quoi l’Amérique s’est engagée en 1946 ou 1947, encore moins aujourd’hui.
Ce que vous observez de la part du vice-président, lors de la réunion au Bureau ovale, de ses interventions à Munich ou de sa rencontre avec Zelensky – ainsi que mes propres articles et vidéos – vise à sensibiliser les Européens à deux réalités : l’épuisement des Américains à jouer les gendarmes du monde, et notre profonde inquiétude face aux agissements antidémocratiques, comme la censure et l’annulation d’élections, perpétrés par le Parlement européen, la Commission européenne et l’UE dans son ensemble.
L’Éclaireur : Ne pensez-vous pas que ce qui se passe dans l’UE, et plus précisément aux États-Unis, relève de ce qu’on appelle « l’effet Bruxelles » – le fait qu’en régulant un marché aussi vaste que l’UE, on peut imposer sa volonté à n’importe qui – a été utilisé par l’administration Biden, ou ce qu’on appelle le « blob », pour contourner le Premier Amendement américain ? Par exemple, nous avons des preuves que Thierry Breton a passé beaucoup de temps avec le conseiller adjoint à la sécurité nationale de Biden pour les cybercrimes et les nouvelles technologies…
Michael Shellenberger : Oh, vraiment ? Je l’ignorais, c’est très intéressant. Oui, absolument, et cela se produit en ce moment. Les plus fervents défenseurs de la censure aux États-Unis se replient désormais vers l’Europe, espérant attendre la fin des quatre prochaines années en s’appuyant sur le Digital Services Act.
Je suis tout à fait d’accord : il s’agit d’un complexe mondial de censure qui opère à travers l’Otan. Certains des principaux censeurs ont travaillé pour l’Otan ou dans des think tanks liés à l’Otan, d’autres viennent de la CIA. L’une des figures clés était un ancien employé de la CIA qui, pendant cinq ans, a officiellement participé à ces efforts.
Nous avons vu le FBI se rendre au Brésil pour conseiller sur la lutte contre la désinformation. La CIA a intimé au président Bolsonaro de ne pas contester les résultats des élections. Thierry Breton, lui-même ancien entrepreneur militaire français, avait dans son portefeuille une entreprise impliquée dans la surveillance numérique et la répression en Libye. En Allemagne, les services de renseignement ont publiquement placé un parti politique indésirable sous surveillance, contribuant à sa diabolisation.
Nous assistons à un abus de pouvoir de la part des agences de l’État profond, des services de renseignement, de l’Otan, de la Commission européenne, et même de grandes universités américaines, tous soutenus par l’administration Biden. C’est un système monstrueux, à têtes multiples : coupez-en une, une autre réapparaît ailleurs. Nous avons réussi à exposer et démanteler le Stanford Internet Observatory, l’une des organisations de censure les plus néfastes, mais ils se sont simplement déplacés – à Georgetown, en Europe, à Bruxelles.
Nous sentons que le vent tourne en notre faveur et que nous progressons. Cela est facilité par le déclin des médias traditionnels, qui ont beaucoup souffert – et à juste titre – car ils étaient parmi les pires défenseurs de la censure. Mais le complexe industriel de la censure reste largement intact et doit être privé de fonds et démantelé.
L’Éclaireur : Pensez-vous alors que ce que Trump vise, c’est cette élite transatlantique ? Parce que la plupart des personnes que vous mentionnez – Thierry Breton, Macron, von der Leyen, et bien d’autres – soit l’ensemble de la classe politique européenne dominante, ont été formés par les États-Unis depuis 80 ans, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Trump s’attaque-t-il aussi à ces figures en Europe, en plus de celles aux États-Unis ?
Michael Shellenberger : Cela dépend de ce que vous entendez par « s’attaquer ». Nous assistons certainement à une réaffirmation de la puissance américaine dans tous les domaines. Mais si vous parlez d’une action juridique, je ne sais pas. C’est possible. Nous avons un Département de la Justice déterminé à tenir les gens responsables des infractions à la loi et des abus de pouvoir, comme on l’a vu avec le canular Russiagate. J’espère que nous verrons des avancées sur l’affaire de l’ordinateur portable de Hunter Biden. Il y a beaucoup de dossiers en suspens.
Je ne veux pas spéculer sur des actions judiciaires, mais il est clair qu’un défunding est nécessaire. Nous ne devrions pas financer des organisations qui exigent la censure des citoyens ordinaires, ni des campagnes de désinformation. On le voit constamment avec l’Ukraine : des entités propagent l’idée que l’Ukraine gagne la guerre, que Zelensky est extrêmement populaire, qu’il n’y a pas de corruption, et que quiconque remet cela en question est un agent russe ou une marionnette de Poutine.
Ces attaques perdent de leur efficacité, mais les contribuables américains et européens ne devraient pas financer des opérations qui se livrent à des assassinats de caractère, à de la désinformation et à de la censure.
L’Éclaireur : Ce que vous venez de dire nous ramène à l’USAID. Pouvez-vous expliquer comment l’USAID a participé à la destitution de Donald Trump ?
Michael Shellenberger : L’USAID est une agence mal comprise. Avec un budget de 40 milliards de dollars par an, beaucoup la considèrent comme une agence de développement ou humanitaire, mais elle est en réalité un outil de la politique étrangère américaine, au même titre que le Département d’État ou la CIA. Sa mission est de gérer l’empire américain – la Pax americana.
Cela peut parfois être bénéfique, mais cela devient un grave problème lorsque ces efforts sont tournés contre le peuple américain. C’est ce qui s’est passé avec les opérations de censure et de désinformation menées par les services de renseignement américains. Ces tactiques, développées à l’étranger, notamment pendant le Printemps arabe et les révolutions colorées en Europe de l’Est, ont ensuite été utilisées contre les États-Unis.
En ce qui concerne l’utilisation de l’USAID contre le populisme aux États-Unis et Trump en particulier, deux cas majeurs se distinguent. L’USAID a été le financeur initial et le contrôleur du Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), qui se présente comme une organisation de journalisme indépendant. En réalité, elle faisait partie d’un effort plus large de l’USAID pour contrôler le journalisme d’investigation en Europe et dans le monde.
L’OCCRP a joué un rôle direct en produisant les prétendues preuves pour la destitution de Trump en 2019. Cette destitution reposait sur une allégation rédigée par un employé de la CIA travaillant à la Maison Blanche, affirmant que Trump avait abusé de son pouvoir en menaçant de retenir l’aide à l’Ukraine à moins que Zelensky n’enquête sur la famille Biden. Toute la connexion Trump-Ukraine reposait sur des reportages de l’OCCRP, financé par l’USAID.
Découvrir cela était choquant, car le gouvernement américain ne devrait pas financer des efforts politiques comme la destitution d’un président en exercice.
De plus, les reportages de l’OCCRP ont été utilisés pour justifier le lancement de la conspiration Russiagate contre Trump. L’idée que Trump était compromis par Poutine, impliqué dans un chantage sexuel ou recevant secrètement de l’argent russe – toutes ces narratives ont été semées par des organisations de fausses nouvelles financées par l’USAID, comme l’OCCRP.
L’Éclaireur : Il y a aussi eu un gros problème avec le Global Disinformation Index... Vous savez, des militants travaillistes britanniques faisant campagne pour Kamala Harris, et des membres d’une autre organisation – dont j’ai oublié le nom, mais qui, je crois, lutte contre la haine en ligne, une association caritative basée au Royaume-Uni – ont fait pression sur les législateurs américains pour mettre en place le programme STAR, une régulation mondiale de l’information sur Internet. Que pensez-vous de leurs investigations ?
Michael Shellenberger : Il y a peut-être des enquêtes en cours, je ne sais pas avec certitude. Mais oui, il s’agissait aussi d’une organisation appelée Campaign for Countering Digital Hate, liée au Parti travailliste britannique, qui faisait partie de l’effort que vous décrivez. Il y a eu tellement d’abus de pouvoir, et nous sommes tous impatients d’obtenir une transparence totale de la part de l’administration Trump. Pour moi, c’est le plus important. S’il faut des poursuites ou des enquêtes, cela doit être jugé au cas par cas. Mais avant tout, la vérité doit éclater.
En 2016, le directeur de la CIA a autorisé une opération de ciblage inversé ou de « bumping » des conseillers de la campagne de Trump, suggérant des activités suspectes avec les Russes. Cela a servi de prétexte pour obtenir des mandats FISA afin d’écouter et d’espionner la campagne de Trump. Nous avons assisté à une vaste entreprise de militarisation, avec des accusations fabriquées de toutes pièces : une banque russe finançant Trump, une opération de chantage sexuel inventée, et même des tentatives pour piéger des individus. Ces efforts étaient multiples et coordonnés.
Nous avons obtenu des dossiers sur la Cyber Threat Intelligence League, qui, en 2019, s’est impliquée dans une campagne politique aux États-Unis. Elle semblait tester des tactiques de désinformation visant à dépeindre les républicains MAGA et les partisans de Trump comme étant sous contrôle russe.
L’Éclaireur : Et qu’en est-il de la fameuse Commission sur le désordre informationnel de l’Aspen Institute ? D’après ce que je comprends, c’est de là que provient le DSA en Europe.
Michael Shellenberger : Oh, vraiment ? Vous pensez que le DSA est né à l’Aspen Institute ? C’est intéressant.
L’Éclaireur : Les origines du DSA sont une histoire complexe. L’Aspen Institute a joué un rôle dans la formation de Macron. En France, l’un de ses mentors clés, Jean-Pierre Jouyet, a présidé l’Aspen Institute. C’est lui qui a introduit Macron dans l’élite de l’Inspection des finances. On les a aussi vus former Giorgia Meloni. C’est une organisation puissante qui inclut des figures comme l’ancien numéro 2 de la NSA sous Obama.
Si l’on retrace l’histoire du DSA, tout commence en France. Macron a d’abord essayé de faire passer une loi en 2020, la loi pour lutter contre les discours en ligne, qui a été rejetée par le Conseil constitutionnel français (la loi Avia). Cela s’est produit juste avant que la France ne prenne la présidence tournante de l’UE. Macron a alors utilisé l’Europe pour pousser le DSA, sachant que la législation européenne prime sur les lois nationales. C’est exactement ce qui s’est passé.
L’Aspen Institute a joué un rôle majeur dans ce processus. Tout le complexe industriel de la censure – l’idée elle-même – est né en France. Cela remonte à 2005, après le référendum sur le traité constitutionnel européen, que les Français ont rejeté. Déjà à l’époque, le gouvernement accusait les blogueurs d’avoir influencé l’opinion publique. Les réseaux sociaux comme Facebook et YouTube en étaient à leurs débuts, mais le gouvernement cherchait déjà des moyens de contrôler le discours en ligne.
Il y a un excellent article de Glenn Greenwald dans The Guardian en 2014, où il parle de Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre française de l’Égalité, qui menait des efforts pour combattre les discours de haine. Elle exigeait déjà que Twitter procède à une censure massive. À cette époque, 80 % des demandes mondiales de censure adressées à Twitter venaient du gouvernement français.
Michael Shellenberger : C’est impressionnant.
L’Éclaireur : Quand vous dites que ça va loin, c’est vraiment le cas. Cela me ramène à ma question : l’Europe n’a-t-elle pas été utilisée par le « blob » pour contourner le Premier amendement ?
Michael Shellenberger : Absolument. Et ce n’est pas tout : nous avons documenté une ancienne employée de la CIA, qui dirigeait le Stanford Internet Observatory, réalisant une vidéo pour le Département de la Sécurité intérieure des États-Unis. Dans cette vidéo, elle explique ouvertement comment ils ont contourné le Premier amendement. C’est pourquoi ils ont créé des vérificateurs de faits tiers pour signaler ce qu’ils appellent la désinformation – c’était une stratégie délibérée.
L’Aspen Institute est une ONG financée par le gouvernement américain qui se présente comme un centre de réflexion prestigieux, un peu comme Davos. Mais en réalité, nous savons maintenant qu’elle sert d’intermédiaire pour la communauté du renseignement, avec des liens directs avec les agences de renseignement. Elle a joué un rôle clé dans la campagne de désinformation autour de l’ordinateur portable de Hunter Biden, convainquant les réseaux sociaux et les journalistes de rejeter cette histoire comme un hoax russe. En pratique, l’Aspen Institute faisait le travail du FBI, et probablement de la CIA, pour promouvoir la censure.
C’est pourquoi nous parlons de complexe industriel de la censure : c’est une opération militaro-renseignée. C’est totalement illégal et viole les droits constitutionnels. Je ne suis donc pas surpris que le DSA ait ses racines à l’Aspen Institute. Leur défi a toujours été que les gens ordinaires valorisent la liberté d’expression et ne veulent pas être censurés. Ils savent qu’une censure ouverte par des responsables du renseignement les exposerait comme des totalitaires. Alors, ils la dissimulent à travers des ONG et des failles législatives.
L’Éclaireur : Ils savent que c’est un anathème. La CIA l’a déjà fait auparavant. C’est ce qui a conduit à la Commission Church, non ?
Michael Shellenberger : Oui. La CIA a une mauvaise réputation aux États-Unis. On la tolère parce qu’on pense qu’on pourrait en avoir besoin, mais elle reste mal vue. Ils ne veulent absolument pas que la CIA soit publiquement associée à la promotion de la censure, alors ils la blanchissent à travers l’Aspen Institute. Cette organisation devrait être complètement discréditée.
Aujourd’hui, je pense que le Forum économique mondial de Davos a été largement discrédité. Les politiciens ne veulent plus y être associés ni s’y montrer. Cela n’est pas encore arrivé avec l’Aspen Institute, mais ça devrait. La campagne dite du « désordre informationnel » a aussi impliqué le prince Harry et Katie Couric – une présentatrice télévisée très superficielle et enjouée. Mais les véritables cerveaux derrière cette opération venaient clairement des agences de renseignement.
L’Éclaireur : Avec tout ce brouhaha, ne pensez-vous pas que l’Otan et l’UE sont mortes ?
Michael Shellenberger : C’est une question intéressante. Évidemment, elles ne sont pas encore mortes. La vraie question est : sont-elles des hommes morts qui marchent ? L’Otan est-elle une lettre morte ? Je dirais que c’est la direction que ça prend.
Je ne pense pas que les Européens en aient pleinement conscience encore, mais ils commencent à le réaliser. À son crédit, Macron a été le premier à vraiment voir les signes avant-coureurs – comprenant que l’engagement des États-Unis envers l’Otan s’affaiblit. Trump a été élu en 2016 en remettant en question les obligations des États-Unis envers l’Otan. À l’époque, on avait l’impression qu’il voulait juste plus d’argent des États membres. Mais maintenant, la remise en cause des engagements envers l’Otan est bien plus sérieuse. Les Américains sont fatigués, et Trump veut à juste titre se concentrer sur les problèmes intérieurs.
Quant à l’Union européenne, je pense que vous en savez plus que moi. L’UE offre des avantages à ses membres, mais le Parlement européen et la Commission européenne ont agi de manière très autoritaire. Les Britanniques semblent satisfaits de leur décision de partir. Je crois que cela découle d’une conscience particulière créée après la Seconde Guerre mondiale. D’une certaine manière, les États-Unis en sont responsables, mais le processus de dénazification est allé trop loin, transformant les Allemands en un peuple perpétuellement honteux.
L’Éclaireur : Permettez-moi d’intervenir – l’Allemagne n’a jamais été véritablement dénazifiée. Elle n’a jamais été réellement purgée. Si vous regardez le premier cabinet d’Adenauer, son chef de cabinet, Hans Globke, était l’un des juristes qui ont rédigé les statuts de Nuremberg sur les Juifs. Reinhard Gehlen, qui a reconstruit les services de renseignement allemands après la guerre, était aussi un ancien nazi. Le vrai problème, c’est que l’Allemagne n’a jamais été dénazifiée en profondeur, tandis que la culpabilité a été transmise aux générations suivantes, permettant aux nazis de rester au pouvoir pendant que les jeunes portaient le poids de la honte.
Michael Shellenberger : Oui, je vois ce que vous voulez dire. En Allemagne aujourd’hui, exprimer de la fierté nationale est souvent assimilé à du nazisme. Un livre intitulé Finis Germania de Rolf Seferle soutient que l’Allemagne se suicide à travers la migration de masse et ses politiques énergétiques. L’auteur s’est ensuite suicidé. Son argument était que l’Allemagne ne serait jamais autorisée à se remettre de l’Holocauste, ce qui a créé une sorte de crise psychologique collective.
L’Allemagne a une identité divisée : d’un côté, les Allemands se considèrent comme supérieurs dans de nombreux domaines – ingénierie, philosophie, culture. Mais en même temps, ils vivent sous une honte imposée pour des crimes commis avant leur naissance. Cela génère un profond conflit psychologique, qui les pousse à des décisions comme fermer leurs centrales nucléaires, criminaliser la dissidence ou interdire des partis d’opposition comme l’AfD. C’est une forme d’autoritarisme pathologique.
L’Éclaireur : C’est vrai en France aussi. Le régime collaborationniste de Pétain a activement contribué à la déportation des Juifs. Mais ce que nous voyons aujourd’hui ne marque-t-il pas la fin de ce long chapitre de la Seconde Guerre mondiale ?
Michael Shellenberger : J’espère que oui. Je n’ai jamais cru aux cycles historiques de 80 ans, mais il est difficile de ne pas remarquer que tous les 80 ans environ, une transformation majeure secoue le monde – 1776, 1860, 1940. Certains appellent cela le « quatrième tournant ». Cela semblait une idée New Age, mais nous assistons maintenant à des bouleversements majeurs : la montée du nationalisme, l’affaiblissement de l’Otan, les luttes de l’UE, la révolution de l’IA, celle des réseaux sociaux, et l’effondrement des médias traditionnels au profit du journalisme indépendant. Tout cela se produit en même temps.
C’est pourquoi des conversations honnêtes comme celle-ci sont si importantes. Les Américains aiment l’Europe, et je pense que les Européens, dans leurs meilleurs moments, apprécient aussi les États-Unis. Mais notre relation doit être celle d’égaux. Cela signifie que l’Europe doit assumer la responsabilité de sa propre sécurité militaire.
L’Éclaireur : Oui, bien sûr. Beaucoup confondent l’État et la société. L’administration Biden est responsable de la guerre en Ukraine, pas le peuple américain. Cette distinction est cruciale.
Passons à autre chose. Je crois que vous avez regardé le discours sur l’état de l’Union de Donald Trump. Quel est votre avis sur son premier mois et demi au pouvoir ?
Michael Shellenberger : C’est à couper le souffle. Quoi qu’on pense de Trump, il a agi vite et avec détermination. Les mesures qu’il prend sont populaires. Il y avait ce mythe selon lequel les républicains s’étaient radicalisés, qu’ils étaient devenus extrémistes. Mais on voit maintenant que c’est l’establishment qui avait des vues extrêmes.
Prenez l’Ukraine : la plupart des Américains veulent se retirer de cette guerre, mais l’establishment insistait sur une expansion sans fin de l’Otan. Ou regardez le débat sur les transgenres – les démocrates et les médias ont poussé des idées radicales, comme permettre aux hommes de participer aux sports féminins ou autoriser les transitions médicales pour les enfants. Ce sont des positions extrêmes, pourtant présentées comme normales.
Pendant des années, les médias ont répandu de la désinformation, affirmant que le changement climatique était une menace apocalyptique et que les énergies renouvelables pouvaient alimenter le monde – sans aucune preuve physique pour étayer cela. Nous sortons d’une période qui était, à bien des égards, un âge sombre. Les médias traditionnels propageaient des mensonges tout en exigeant la censure de ceux qui les contestaient.
Les politiques de Trump, en revanche, correspondent à ce que la majorité des Américains pensent vraiment. C’est pourquoi son programme résonne et pourquoi ce moment est si transformateur.
L’Éclaireur : Ce qui est stupéfiant dans ce que Trump et son administration ont fait, c’est le travail de DOGE. Le dernier en date étant le scandale de l’EPA. Pouvez-vous nous expliquer précisément ce que c’était ? Le fonds secret de 20 millions ? Les dossiers Epstein. Peut-être les dossiers P. Diddy. Et les dossiers Brigitte Macron. Quels seraient les trois points principaux du discours de Trump sur l’état de l’Union… et de Vance ?
Michael Shellenberger : Oui, l’idée initiale avec le changement climatique était de rendre l’énergie moins chère grâce à l’innovation technologique, pas de la rendre plus coûteuse. Cette idée a été détournée par des démocrates opportunistes qui, au lieu de se concentrer sur l’innovation, ont dépensé des milliers de milliards de dollars pour subventionner l’énergie verte, créant des fonds occultes. La dernière vague était hors normes, avec des milliards allant à des entreprises privées déguisées en organisations à but non lucratif, sans réel contrôle ni responsabilité. C’est de la corruption. Ces organisations peuvent utiliser cet argent pour des activités politiques ou des projets énergétiques frauduleux, tout en se cachant derrière des subventions gouvernementales.
Nous n’en sommes qu’à six semaines de la nouvelle administration, et je vois déjà plus d’activité de la CIA, avec des agents déchus de leurs badges. La corruption est plus profonde qu’on ne le pensait, et nous n’avons toujours pas de divulgations officielles sur des sujets comme Russiagate, Hunter Biden, les origines du Covid, les vaccins, les dossiers JFK, ou même les ovnis. Il y a trop de secrets.
Quant au discours de Trump, il marque l’achèvement de son arc narratif. Il y a quatre ans, beaucoup pensaient qu’il était fini, voué à l’oubli ou à la prison. Aujourd’hui, il est une figure historique transcendante, en grande partie à cause de la manière irrationnelle dont ses adversaires l’ont traité. D’une certaine façon, ils lui ont donné le pouvoir de devenir cette figure plus grande que nature, comparable à Napoléon ou Churchill. Son ascension a exposé la corruption des élites, qui se sont révélées autoritaires et antidémocratiques. Il est devenu la voix du peuple, souvent brutale et directe, et aimé des masses. Trump a essentiellement dit aux gens : « Ils viennent pour vous, et je me tiens en travers de leur chemin. » Son récit, bien que qualifié de populisme ou de démagogie, s’avère aujourd’hui vrai à bien des égards.
Pour J.D. Vance, son parcours est incroyable : issu d’une famille brisée, il a surmonté l’adversité. C’est clairement un intellectuel brillant, et son ascension est impressionnante. À 40 ans, il a une longue carrière politique devant lui et pourrait être un favori pour la présidence en 2028. Même en cas d’échec, il pourrait rebondir dans les décennies à venir. Sa trajectoire rappelle celle de Trump, et il s’est imposé comme un leader sur des questions comme l’Otan et la résistance au mépris européen. Vance a démontré non seulement de l’intelligence, mais aussi de la force et de la sensibilité. Il fait partie d’une nouvelle génération de leaders républicains, aux côtés de figures comme Trump, Rubio, Tulsi Gabbard et Tom Cotton. Ces leaders peuvent être attaqués par les médias comme des poids légers, mais ils sont profondément intelligents et ont le potentiel de façonner l’avenir du pays.
Ces personalités, comme Vance, incarnent une nouvelle épaisseur et une intelligence qui dépasse ce qu’on s’attendait des républicains par le passé.













